Pierre de Rêves

Vidéo projection et technique d’illusion dite « Pepper’s ghost » sur pierre de lettré chinoise du 19ème siècle
Taille de la projection H : 40 cm x L : 60 cm

Pierre de rêves 1.png

Photo # 1: La montagne nimbée de nuages
Photos # 2 à # 11: Succession des transformations de la montagne

Un objet traditionnel et rituel, une « Pierre de lettrés*» chinoise est mise en scène grâce à l’adaptation d’une technique optique du 19ème siècle appelée Pepper’s ghost.
Reflétée par un miroir, une projection vidéo enveloppe ce tableau naturel de marbre d’une chaine de montagnes virtuelle. Ce travail sur un objet traditionnel de 200 ans grâce à une technique contemporaine révèle le réel grâce au virtuel et donne une nouvelle dimension à l’approche rituelle de la méditation.

Dans le scénario imaginé pour cette installation, la projection vidéo est utilisée pour prolonger sur toute la largeur de l’écran la montagne figurée sur la pierre. Elle est ainsi intégrée à un univers de cimes beaucoup plus vaste.
Puis ce sont les volutes de la brume qui prolongent l’harmonie des lignes singulières du minéral. Les autres montagnes sont ensuite effacées par les nuages avant la révélation finale de l’objet.
Le « chant du om » qui représente symboliquement le son primordial produit lors de la création de l’univers, accompagne cette séquence et en augmente la portée.

Le spectateur se laisse emporter dans une harmonie, une contemplation et un mystère que le peintre lettré Wang Wei de la dynastie Tang nomme la « résonance intérieure ».

* L’art chinois montre depuis l’origine montagnes et nuages. Les « Pierres de lettrés » sont des pierres figuratives utilisées 300 ans avant notre ère par l’élite chinoise pour méditer.
Les montagnes et les nuages dormant sur l’une de ces pierres depuis bien des années ont croisé le chemin de Jean-Paul Favand et l’ont aidé à développer son regard.

 » Pierre de rêves » est une œuvre de l’exposition Virtualia, créée par Jean-Paul Favand, au Centre des arts d’ Enghien-les-Bains en 2013.

En Chine, on considérait comme une création le fait d’avoir trouvé une pierre de rêve. Au cours de ses déambulations dans la montagne, l’oeil de l’initié savait saisir les reflets de l’univers dans une pierre. Signant sa découverte comme oeuvre d’art, il était reconnu alors comme un artiste et la pièce prenait plus de valeur selon sa réputation. Ceux qui la contemplaient pouvaient aussi la signer et y inscrire un court poème.
Le soclage de ces pierres ou rochers agit sur leur positionnement et propose la lecture de celui qui les a trouvés. Les socles doivent être en parfaite harmonie avec la pierre. Il en a été recensé en Chine plusieurs types, dont quatre principaux se distinguent. Le plus caractéristique est bosselé et épouse les contours de la pierre mais deux autres styles, plus sobres, sont soit un petit autel plat, toujours de la même forme, soit un plateau adapté lui aussi aux formes du minéral. Le dernier type propose un prolongement de la figuration et de l’interprétation, et peut représenter par exemple de l’écume, dont émerge une petite montagne. Ces pierres peuvent également être encadrées sous la forme d’un écran qui repose sur un pied sculpté, quelquefois en forme de nuages.
Les pierres de rêve étaient source d’inspiration en art pictural et en littérature et se trouvaient sur les bureaux des lettrés pour favoriser la méditation et stimuler l’esprit.
Dans son ouvrage Pierres, Roger Caillois fait allusion au dessin d’une pierre appartenant au lettré Mi Fou (1051 – 1107). Une inscription l’accompagne : « La grotte inférieure communique avec la grotte supérieure par une triple contorsion. J’y ai fait, un jour, une randonné mystique ». Il illustre l’état de fascination extatique dans lequel peuvent nous plonger ces pierres. Elles nous offrent une sensation d’éternité, sont le symbole de paysages cosmiques et des signes qui nous entourent.
Détournées de la banalité de leur contexte et élevées au rang d’objets sacrés, elles acquièrent, dans un milieu profane, une fonction poétique ou spirituelle.

Pierre de rêves 12.png

Pierre à rêver dans un écran en bois, utilisée pour Racine de nuages,
Chine, 19e siècle, 9,5 cm de diamètre

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s